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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/529

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Le poète Ronsard, par les couchants royaux
Qui de la Loire d’oc teignaient les riches eaux,
S’accoudait pour rêver aux terrasses valoises.
La brise qui sortait d’un bois plein de framboises
Emportait le doux nom qu’il murmurait tout bas.
« Mignonne ! » disait-il ; et l’odeur des lilas,
Musicale harmonie agréable et fleurie,
Se mêlait aux beaux vers qu’il faisait pour Marie.
Maintenant, sous la mauve et sous les myrtes verts,
L’amante qui riait aux caresses des vers
Et celui qui les fit ne sont que poudre fine.
Nous passerons comme eux. Tout s’efFace et s’incline
Vers la mort, tu verras se faner chaque jour.
Tant d’êtres avant nous ont aimé ! Notre amour
N’est qu’un rapide accord de vastes symphonies,
Comme ta jeune grâce et comme nos deux vies.
Et pourtant cette mort ne m’épouvante pas.
Il est bien naturel, lorsqu’on est vieux et las,
De voir tomber le soir et de marcher dans l’ombre.
La mort que je redoute est plus triste et plus sombre,
Elle brise les cœurs, elle pourrait venir…
Taisons-nous, elle rôde et viendrait nous surprendre,
Et moi je ne veux pas n’avoir qu’un souvenir
Plus amer qu’à ma bouche un verre plein de cendres !

(Les Isolements.)

LE MENSONGE

Comme un globe montant du creux de la vallée
Sur le pays désert et gris de Galilée,
Une lune d’automne oscille dans l’azur,
Et blanchit le ciel doux, mélancolique et pur.
L’horizon violet n’a qu’un petit nuage,
Le vent a balayé la route du village,
Deux filles, en rêvant, viennent de l’abreuvoir,
Et sur leurs seins naissants, le vent plus froid du soir
Plaque leurs voiles blancs et bleus ou les écarte.