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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/520

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Et ta voix et tes chants, ta sauvage harmonie,
Et sa langueur étrange à t’écouter longtemps…
Et dont l’amour enfin parla, voulant qu’il pleure,
Lorsque dans ce transport qui clôt sa volupté,
Tu permis qu’un instant toute sa chair se meure,
Pour éblouir son âme à ton éternité.
Mais pour qu’alors brisé d’un tel ravissement,
Et sa dernière étreinte expirant dans un râle,
Il retombe au néant du recommencement,
Le signe du destin marqué sur son front pâle !
O nature, ô nature, implacable et sereine,
Qui réclamant la mort sans relâche à la vie,
Soulève contre toi toute la race humaine
Contrainte à t’obéir, mais non pas asservie,
Si tu veux que le bien s’accomplisse à ta gloire,
N’enchante pas d’un songe inondé de clartés
L’attente de ceux-là qui s’en vont au déboire,
N’annonce pas l’espoir à tes déshérités !
Car ils s’en meurtriraient, bravant tes fins contraires,
Jusqu’au jour où, vaincus, mais de rage exaltés,
Leurs bras qui suppliaient frapperaient sur leurs frères,
Pour répondre au hasard à tes iniquités !
Car ton bonheur recule à l’effort d’y prétendre,
Mais lui, le mal n’est autre, et n’a jamais été
Qu’un aspect monstrueux de l’amour indompté,
Par ton leurre implacable exaspéré d’attendre !
Ou parle, parle enfin ! Dis-leur que rien ne ment
De ce qu’apprit l’étude ou que le rêve écoute,
Et si tu ne veux pas d’un mot te livrer toute,
Au Poète inspiré confie un talisman !
Qu’au lieu d’une imposture il découvre un prodige,
Et que ton règne arrive ainsi prophétisé,
Puisque le mal en eux, puisque le mal, te dis-je,
Le mal n’est que l’erreur d’un cœur désabusé !
Qu’un éblouissement d’en haut les rassérène,
Car dans l’ombre oùsans fin tournent leurs pas pesants,
Puisqu’ils ne savent rien du destin qui les mène,
Ton énigme éternelle en fait des innocents !