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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/50

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sation, agitée ou calme. Le Deuil des Primevères est d’une forme et d’une pensée calmes, parce que je l’ai surtout conduit dans une solitude où mes souffrances parfois s’apaisèrent. » Sou dernier recueil, enfin, Le Triomphe de la Vie, contient le poème Jean de Noarrieu (1901), dont nous reproduisons un fragment^ et l’œuvre annoncée sous le titre Poésie et que l’auteur a intitulée définitivement Existences (1900), en lui donnant pour épigraphe : « Et c’est ça qui s’appelle la vie. » Ce poème dialogué est, en effet, une peinture réaliste et saisissante de la vie de nos bons villageois. L’élément poétique n’y fait point défaut, l’émotion n’en est jamais absente. Nous en détachons les vers suivants (chapitre vingt et unième), caractéristiques pour l’auteur, sinon pour l’ouvrage :

LE POÈTE (dans une mansarde ou il écrit).

Mon cœur se calme. C’est octobre. Je veux laisser
un instant là l’œuvre a laquelle je travaille.
Je veux me souvenir des octobres passés,
et écouter la pluie tomber sur les platanes.
J’aurai bientôt trente-deux ans. lit, comme Hafiz,
nous dit Kalm, fut soucieux quand il vit blanchir sa barbe,
je sens venir le temps où les frôles jeunes filles
que j’ai aimées inc salueront d’un air plus grave.
L octobre de l’enfance était la route grise
où sonnaient les brebis dans l’odeur du brouillard,
l’école délestée, mais la grande cuisine
où les rouges fagots claquaient au foyer noir.

L’octobre adolescent était l’émotion
d’une verte prairie parsemée d’anémones ;
c’était le long baiser que me laissait l’automne
pour mieux aimer l’hiver dans l’âme des tisons.

Puis l’octobre qui vint fut moins pur et plus vaste :
Ce fut l’apaisement <ie ce dont je soull’rais.

Maintenant, que sera cet octobre nouveau ?
Ce sera-l-il les bois où je me réfugie
pour écouter le vide atroce de ma vie,
et pour guetter au loin les files de vanneaux ?
Etendu sur la mousse, ayant mis contre un chêne
mon vieux fusil dont j’aurai rabattu les cbiens,
mon menton dans mes mains, à plat ventre, verrai-je
la résignation dans les yeux de mon chien ?
Cucillerai-jc au bois noir le colchique d’automne ?
Tiendrai-je dans ma main la sarcelle blessée,
et chanterai-je aussi avec les bonnes pommes
la rainette qui crin au rmir dos vieux rosiers ?