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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/469

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Les abîmes du ciel sous mes pieds entr’ouverts,
Et tout ce qui s’éplore au fond de ma pauvre âme.

Car, vois-tu, je suis las du problème honni ;
Las de chercher en vain ce que tout signifie,
Et d’implorer les dieux et la philosophie
Dans le cercle immuable et fou de l’infini.

Abandonnant pour toi le creuset où sans trêve
L’analyse dissout lentement l’univers :
La matière, la foi, notre orgueil et nos vers,
Tout ce qui fut l’espoir, et la joie, et le rêve,

J’immortaliserai ton sourire vainqueur
Sans chercher sa raison, ni de quoi se compose
Le feu de ton baiser, la grâce de ta pose,
Ni le but de l’amour dont s’emplira mon cœur.

Viens ! nous nous en irons loin des cités moroses,
Insoucieux de l’heure et du savoir humain,
Simples, et n’implorant, du grand ciel, en chemin,
Que des chants, des frissons, du soleil et des roses.

Viens ! nous retournerons au fond du bois natal
Où nos pères, jadis, erraient dans l’ombre sainte,
Vêtus de voiles blancs, couronnés d’hyacinthe,
Lorsque n’étaient pas nés les siècles du métal.

Et là, je rapprendrai l’ancienne liturgie
D’Eros, le premier dieu qui tressaillit en nous,
Et ma prière ardente, éclose à tes genoux,
S’élèvera vers lui, jusqu’aux cieux élargie.

Peut-être, alors, nos cœurs au songe languissant,
Femme, sentiront-ils, en cette paix profonde,
Un peu de la jeunesse éternelle du monde,
Eparse dans ces bois, revivre en notre sang.

Et jusqu’à l’heure sainte où la planète lasse
Consume ses parfums dans les brasiers du soir,
Comme un encens jailli d’un sublime encensoir
Balancé dans le temple immense de l’espace,

Ayant fleuri ton front de myrte et de jasmin,
Côte à côte étendus sous l’ombre favorable,
Je baiserai longtemps, ô femme désirable,
Les roses de ta lèvre et les lis de ta main.