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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/464

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Qu’un désir plus intense en notre cœur se grave
D’être infiniment bons, dans’ce monde méchant,
Pour ce qui doit mourir : les choses et les gens.
Les astres de métal émergent des fournaises
Qui viennent de s’éteindre, et la courte genèse
De leur humble et tremblotante surgie aux cieux
Intéresse un instant notre esprit et nos yeux.
Puis nous sommes repris par le grand calme stable
Où flottent les parfums de la fleur formidable
Et noire qu’est la Nuit. Nous allons à pas lents,
Elle et moi, nos regards de l’un à l’autre allant,
Et sous la lune molle aux poses d’indolence,
Emus dans cet enveloppement de silence.
Un air de chasse au loin s’égrène et nous induit
Au rêve d’un décor où quelque daim s’enfuit,
Bondissant dans le bois où la meute vorace
Hurle à son agonie et le suit à la trace,
Un décor de légende avec de vieux barons
Qui, le soir, aux hanaps, heureux et las, boiront.
Par intervalle un train, vision singulière,
Soudain roule en des clignotements de lumière :
C’est la vie, on dirait, des bruyantes cités
Qui passe, troublant à peine l’immensité.
Et puis encor s’élève, amoureuse et charmante,
La voix d’or d’une rainette, plaintive amante.
Et puis plus rien, rien que nous deux, le cœur très haut,
L’esprit très fier, tendu vers ce qui reste beau,
Vers ce qui reste pur.
Et, troublés par l’Espace,
Nous nous disons alors des mots doux — à voix basse.

[Les Minutes Profondes.)

LA VIE, AU FIL DES JOURS,
EST SI LONGUE ET SI BRÈVE…

La vie, au fil des jours, est si longue et si brève,
Où coulent sans arrêt les heures monotones !
L’âme intégralement n’y vibre pas ses rêves,
Et le cœur est trop grand pour le peu qu’elle donne.