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Rendez-les à mon cœur, à mon mal, à ma vie !
Et rendez-les encore à mon pâle regard !
Hâtez-vous ! mon espoir à genoux vous supplie !
Hâtez-vous ! Hâtez-vous !... Si vous veniez trop tard !

(La Beauté de Paris.)

A LA PROVENCE

O toi qui m’as vu naître, ô ma seconde mère,
Quand la vie à mon goût deviendra trop amère,
Comme un fruit dont on a répandu la liqueur,
Je descendrai vers toi, Provence, et, sur ton cœur,
Le vent et le soleil et la mer éternelle
Me rendront cette vie encore douce et belle !
Car ce n’est pas en vain que mes yeux ont gardé
L’éclat de ton azur, et, si tu m’as guidé
Jusqu’au seuil ténébreux du temple de la gloire,
N’est-ce pas pour t’unir, Provence, à ma mémoire ?
Je te consacrerai, dans ce temps, tous mes chants !
Je dirai la splendeur qui plane sur tes champs,
L’or des moissons qui bat les murs de tes villages,
Tes coteaux couronnés sous leurs pâles feuillages,
Tes femmes, tes marins, tes rudes laboureurs,
Toute ta race antique aux soudaines fureurs,
L’amour brûlant dans l’ombre et pareil à la haine.
L’âme, comme un clairon vibrant, sonore et vaine !
Je dirai tout cela ! Mais la vie a voulu
Que mon destin à d’autres cieux soit dévolu !
C’est pourquoi je suspends encore ta louange
Pour chanter une ville où la brume s’effrange
Ainsi qu’un vêtement sur le dos des maisons,
Où la pluie est un voile à toutes les saisons,
Mais où l’esprit de l’homme exerce un tel empire
Qu’il pénètre les murs et l’air qu’on y respire !

(La Beauté de Paris.)