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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/429

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La fièvre se crispe sur la plaine et l’étouffe ;
Les deux poings sur sa gorge, elle cambre les reins,
Se sied sur ce sol mort et regarde souffrir
Le ciel mercuriel couturé par les houles
Sur les profils crasseux de monts qui vont mourir
En ébréchant leur noir aux nuages qui roulent
La terre hachée est comme un rond d’écuelle
Avec de vieux reliefs d’agapes irréelles
Vomis par la fièvre qui ronfle par les dunes ;
Et sa pâleur se mue en graisse sous la lune.
C’est un sol gris aux horizons frileux
Avec de la mort dans leur bleu.

[Crépuscules aux cabarets.)

LE PIRATE D’ALGER

Les lourdes bottes ont piétiné de la viande
Frais saignée en terreur où du chrétien grimace ; —
La chiourme chante ; —
Le sabre a tailladé du cordage et des faces.
Les couteaux ébréchés aux grandes haches pendent

Aux reins lassés encor d’un rappel de grappin,
Le sang crie en fanfare aux rigoles des dagues ; —
La chiourme chante ; —,
Les tués ont plongé dans le mou blanc des vagues,
La felouque a coupé l’étreinte de leurs mains.

Dans le tas des esclaves neufs les bottes sonnent
La gloire des sillons du sabre qui laboure ; —
La chiourme chante ; —
Sous le mât et les voiles grises tonnent
Les mots triomphaux des bonds et des bravoures.

La chair captive est musculeuse et dure
Parmi les pleurs et les prières ; —
La chiourme chante ; —
Le soleil cabriole aux clameurs de capture,
La felouque glisse au creux des vagues de guerre.

Le mat latin gémit sous le croissant de fer,
La mer geint des sanglots sous le long viol des rames ; —,