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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/427

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Le lion a mangé la terre dans son râle,
Il a râlé sa force lourde en les ténèbres,
Ses yeux clairs ont fixé les inconnus funèbres,
Il est mort face à Dieu, face au ciel, le grand mâle ;

Il est mort en bravoure, au seuil de sa forêt ;
Il a bondi sur le mystère à pleins jarrets
Et sa poitrine ouverte a salivé sa vie ;
Il est mort sur le seuil de sa forêt ravie.

Et nous avons eu peur, nous, les hommes de proie,
Nous avons craint son regard fier, à cette bête.
Longuement il se fixe sur nous ; puis la tête
Retombe sur le sol farouche qu’elle broie.

Mais déjà s’élevait un murmure éloigné,
C’était au loin, bien loin, les pleurs de la forêt.
Son souffle caressa le lion qui mourait ;
Et sur le lion mort le silence a plané.

(Autour des Feux dans la Brousse.)


NIGER GIGAS


La clarté fluviale entre les rives noires
Glisse sous le soleil un long ruban de moire ;
A l’horizon des eaux le ciel morne a saigné
En laissant l’odeur âcre et forte d’un charnier.
Le grand fleuve, musclé d’orgueil, est un silence ;
Il cherche le désert pour cacher sa puissance,
Mais le désert a peur de la mort de ses sables
Et garde son mystère entier à ses amants,
Et l’eau s’en va, lugubre, à la chose immuable
A travers le sommeil profond des caïmans.
Elle reluit parmi de honteuses fourrures,
L’herbe visqueuse et molle est sa toison impure ;
L’immense fleuve dur regrette de s’offrir,
Mais il est seul, et veut être deux pour mourir ;
Il est las du regard des cieux, las des formes
Et des aspects et se souhaite moins énorme.
Mordu par le soleil et fouetté par la brise,
Il s’écoule impassible et froid vers le néant.
Comme ce fort se sait sans vengeance, il méprise,