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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/410

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Et longtemps, longtemps, l’étoile splendide
Sur les mers où fut Tahiti luira.
Mais sa place, un jour, au ciel sera vide,
Et le monde, qui l’aimait, pleurera.

Alors l’astre, avec un cri de victoire,
Au sommet des cieux prenant son essor,
Eblouira l’infini de sa gloire
Aux trois feux d’azur, d’émeraude et d’or.

— Qui sait, maintenant, où le sort l’entraîne,
Astre errant qu’habite un peuple de morts ?
— Va ! son but est beau, sa course est certaine,
Car il est guidé par le Fort des Forts !

Car Taaroa, le Maître Sublime,
Gouvernant les bonds de l’astre éperdu,
Est, comme autrefois, assis sur la cime
Où fuma le sang qui lui était dû !

A l’ombre du manguier colossal, à mi-voix…

(A’oa Noa.)

PARAHI TÉ MARAËi

FRAGMENT

Sommet d’horreur de l’Ile Heureuse, lù réside
Le Temple, lieu vivant, ouvert, sauvage, avide.
Là sont les pieds des Dieux qui supportent le poids
Des cieux, là vient mourir la richesse des bois,
Tout en haut de l’Aroraï, cimier des cimes,
Là s’égouttait le sang, autrefois, des victimes
Où les vivants communiaient pieusement,
Et ce rite était cher aux Atuas cléments
Qui, gouvernant selon leur sagesse profonde,
Autrefois ! l’effroyable expansion des mondes,
Pardonnaient à lu vie en faveur de la mort.
Alors l’Ile était riche, et le peuple était fort,
Et connaissait l’amour, et connaissait la joie,
Qui buvait, au sommet d’où le soleil flamboie

1. Là réside le Temple.