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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/397

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Et la Patrie en deuil sur ses noires terrasses :
Et, suprême holocauste aux baalim voraces,
Hamilkar a bondi dans le gouffre enflamme.

Nul cri n’a révélé l’offrande volontaire,"
Et la divinité garde, en ses plis mouvants,
La muette victime arrachée à la Terre,
Pendant que s’épaissit, sur le roc solitaire,
L’épouvante sacrée éparse dans les vents.

Car dans la nuit, parmi les vapeurs du carnage,
Le bûcher colossal flamboie, horrible et seul ;
La montagne s’éclaire, et, d’étage en étage,
Sur les guerriers tombés pour les Dieux de Carthage,
La gloire de Molok descend comme un linceul.

(Le Bouclier d’Arès.)

LES SUPPLICES

Les larges coutelas et les minces couteaux,
Férocement luisants, rayés d’éclairs brutaux,
Savamment effilés pour les lentes tortures,
Ont le fil ébréché d’atroces dentelures,
Pour mieux scier les chairs et détacher les peaux,
Et découper, avec d’effroyables repos,
Longuement, en faisant, dans l’ombre inassouvie,
Vaciller, sans l’éteindre, une flamme de vie,
Jusqu’au dernier lambeau de leurs muscles détruits,
Les ventres convulsifs ouverts comme des fruits.
Les tenailles, dont les mâchoires recourbées
Baillent, ressemblent à d’odieux scarabées,
Et miroitent à l’air d’un éclat singulier,
Ce tas d’airains luisants est l’atroce atelier
Où l’on forge l’horreur des souffrances hurlantes,
Où l’affreux patient, fou de tortures lentes,
Appelle le trépas qui vient, à pas tardifs,
Arracher l’âme au fond des corps écorchés vifs,’
Comme du cœur lépreux d’une infâme blessure
Un fer tout dégouttant d’abjecte pourriture ;
Où s’exhale la vie en un rugissement
De joie, où la douleur est un enfantement,