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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/39

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Serait-ce l’heure ?
— Une cloche grave tinte au loin, —
Où les étoiles encore blêmes
S’assemblent sur notre bonheur
En diadème !

Serait-ce l’heure ?

Serait-ce déjà leurs bruissantes descentes
Qui froissent le chaume au-dessus de nous ?…

D’étranges choses tombent sur nous…
Debout, sœur !

Un éclat de bois mort m’a blessé au front,
Notre fime ne nous protège plus de sa moisson ;
Vois, de confuses ombres la pillent,
Sauvages, avec des bras fous
D’hommes et de filles,
Et des bâtons

Qui l’auront, par bottelées, bientôt démolie,
Comme si rien d’elle n’était à nous…
O sœur aimée, viens ! fuyons, fuyons…
La ruche d’or s’écroule dans la nuit !

N’aie point de crainte, ne pleure ;
Tu vois : il n’est pas d’étoiles qui descendent
Couronner d’immobile bonheur ;
Il faut sans doute qu’elles restent là-haut guider
Les reposés du jour vers le soir ruinés
Qui reprennent leur marche dans la nuit.
Ne pleure point : nous n’avons rien perdu
Qu’une paix oisive, présomptueuse.
Notre amour était trop stérile d’avoir cru
Assurer une richesse entière de vie
De la prompte récolte mûrie.
Ne pleure point ; nous n’avons rien perdu :
L’âme neuve qu’on érige, tous, bientôt, la détiennent.
Espère ; unis seulement bien fort aux miennes
Tes petites mains d’abeille travailleuse :
Il nous faut reconstruire notre âme chaque année ;
Le trésor reste en nous des fleurs, des graines,