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Dont elle effeuille au vent chaque frêle pétale,
C’est aussi, dans le groupe aimable, Marguerite ;

Tout entière au passé, c’est, gracieuse et douce,
L’épouse au cœur loyal, rebelle à l’adultère,
Charlotte qui, pourtant, n’ose effleurer la terre,
Songeant que l’ami dort sous le buis et la mousse..,

Ces femmes que décore une fleur d’innocence
S’avancent : voici Claire auprès d’Tphigénie…
Figures évoquant un monde d’harmonie,
Tout l’idéal conçu s’anime en leur présence.

D’angéliques accords rythment leur marche lente
Dans le soir vaporeux et pur, empli d’haleines ;
A les ouïr, Werther délivré de ses peines
Goûterait une paix émue et consolante…

Femmes que créa Gœthe, immortelles figures !
Ce soir, vous traversez en chœur ma rêverie :
Je vous vois défiler en lente théorie,
Etoilant, dans un parc, les ramures obscures…

[Au Temps des Lilas.)

A L’ABSENTE

Que n’es-tu près de moi, sous tes fins cheveux blonds’ !…
Nous qui parle pouvoir d’un coup d’œil nous troublons,
Nous, poètes pensifs qu’une parole enivre,
Avons besoin surtout de tendresse pour vivre.
Sans la femme et le guide amical de sa main,
Nous ne saurions risquer nos pas sur le chemin
Que la vie a tendu de perfides embûches…
— Oh ! lorsqu’en l’atre clair et gai flambent les bûches,
Je voudrais te sentir ici, près des landiers ;
Ou, quand les vastes cieux semblent incendiés
Au couchant, j’aimerais te conduire à l’orée
Du bois où se diffuse une cendre dorée.
Le crépuscule est doux aux amants. Lorsque à deux
Ils marchent, en suivant un sentier hasardeux,
Leurs mains s’enlacent mieux ; les prunelles en flammes
Eclairent les secrets cochés au fond des âmes ;