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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/383

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Mais, quand je suis venu dans le champ déserté,
Vainement j’ai cherché sur l’idéale argile.
Un peu de joie éparse ou de gloire fragile,
Le’moissonneur avare avait tout emporté !

[Pèlerinages.)

LA MORT DU BŒUF

A Alfred Poizat.

L’un des deux compagnons est mort, et l’autre pleure,
Et le soc inactif se rouille, et les voilons
Retentissent d’échos douloureusement longs,
Et comme un glas discret, par instants, sonne l’heure,

Les jougs, où s’accouplaient leurs larges fronts jumeaux,
Gisent abandonnés, stupides, presque mornes ;
Et le maître est pensif, qui décorait leurs cornes,
Quand ils rentraient, le soir, de fleurs et de rameaux.

Œil hagard, souffle court, poitrine haletante,
Le compagnon vivant, plein d’effrois ignorés,
Sent l’angoisse et l’horreur l’envahir par degrés,
Et beugle sans répit, las d’une vaine attente.

Il a vu passer l’ombre immense du trépas,
Et, bien que le bouvier ait garni l’ample crèche
De feuilles de maïs et de luzerne fraîche,
Le bœuf épouvanté songe et ne mange pas ;

Et la bête massive au regard lamentable,
Dont rien n’a consolé le sublime tourment,
Flaire de tous côtés mélancoliquement
L’âme obscure du frère éparse dans l’étable.

[Pèlerinages.)

LE PRÊTRE RUSTIQUE

Suivi d’un primitif attelage, et dardant
Sur la glèbe féconde un fier regard qu’attise
L’impénétrable éclat d’une âpre convoitise,
Surgit un laboureur à l’horizon ardent.