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aux beautés du vers. Je ne nie pas, il est vrai, qu’on ne voie de fort grands poètes s’écarter de l’art de Ronsard, de Vigny, de Victor Hugo et de tant d’autres et que, par exemple, Emile Vorhacren ne le cède en rien à ses devanciers quoiqu’il n’admette point leurs règles. Je suis convaincu toutefois qu’il sera très difficile d’en anéantir complètement la tradition. D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi on voudrait s’en détacher, car il y a, dans l’art classique, des obligations si vives qu’à elles seules elles supposent déjà, pour être complètement remplies, une forte méthode intérieure de laquelle dépend toute espèce de perfection. Les exigences de la rime, du rythme et des alternances, je les trouve la plupart du temps d’une extrême utilité, parce que la recherche qu’elles imposent no va pas en somme sans une discipline qui, à mon sens, a du prix. Je m’imagine qu’il est plus beau d’exprimer, en leur attribuant une forme déterminée d’avance par des principes implacables, toutes les sensations les plus dévorantes, que de se soumettre au hasard de leurs mouvements… »

INSCRIPTION

SUR CE QUI CAUSE LE MALHEUR

Tu te plains de la vie, elle u pourtant ses charmes
Qu’il est beau de connaître. Il te semble, il est vrai, qu’ils ont un goût de larmes
Mais il naît de ton être !
L’eau de pluie en tombant dans un puits plein de sable
Prend son odeur ainsi.
Toute chose qui passe en ton cœur misérable
Se charge de soucis.
Tu crois les jours sans grâce, ils te paraissent sombres,
Sans qu’aucun d’eux ne brille : C’est en toi qu’empruntant ces couleurs pleines d’ombres
Ils deviennent stériles.
La peine qui t’emplit fait de chaque délice
Un chagrin éternel,
Comme un objet plongé dans la vague qui glisse
Se recouvre de sel !
Rejette loin de toi cette langueur tragique
Qui toujours te dévore :