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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/365

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vers libre, pour donner au lecteur l’impression musicale et le frisson du grand art, doit être manié avec une dextérité rare et uue haute conscience d’artiste. M. Edmond Pilon n’y a point failli. » (L’Œuvre, 1896.) M. Pilon collabora depuis à de nombreux journaux et revues, et pendant deux ans rédigea, à la Plume, le Caruet des œuvres et des hommes, sorte d’agenda critique bimensuel de tous les petits et grands évéuements des arts et des lettres contemporaine. Il fut, au cours des années 1900 et 1901, le fidèle collaborateur de M. Catulle Mendès dans la rédaction de son Rapport sur le mouvement poétique français de 1867 à 1900. Il a publié tout récemment d’importantes études littéraires.

LES ROSES TRÉMIÈRES

Les roses trémïères brillent aux haies,
Le linge léger flotte près des toits,
Les fermes sont claires et la plaine s’égaie
De tout un éveil de ses pousses lentes,
Et pourtant tout se fait sommeil en moi
Puisque la bien-aimée est absente ;

De jeunes enfants rient aux seuils du village,
De vieilles femmes filent la laine des troupeaux,
Des charrettes qui passent emportent les fourrages
Vers la grange rustique, et, dans les bois nouveaux,
S’exhale un parfum tendre d’aube et de lilas ;
Mais que me font les fleurs et les femmes des hameaux,
Puisque la bien-aimée n’est pas là ;
Le jeune matin m’accueille de son soleil ;
Ses meules sont élevées comme des maisons ;
Sa plaine est verdoyante et ses coteaux vermeils ;
Tout est prospère et beau dans la saison
De ses blés, de ses bois et de ses champs de foins.
Pour moi, je n’aime ni ses fruits ni ses moissons,
Car ma bien-aimée est au loin.

[La Maison d’Exil.)