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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/361

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Les grands monts bleus, les humbles coteaux gris,
La rumeur de la mer, la rumeur de Paris…
Bonnes, mauvaises, je ne sais :
Je vis, je vais, j’aime les choses.
Je vais aussi parmi des hommes et des femmes,
Et sous les fronts, dans les regards, je vois les âmes
Qui glissent en essaims devant mes yeux ravis.
Le monde est comme un vol d’oiseaux d’ombre ou de flamme
Que je verrais passer du haut des monts gravis…
Des hommes m’ont fait mal, j’ai vu pleurer des femmes.
J’aime ces hommes et ces femmes :
Je vis.

— Et je mourrai, plus tard, très tard, bientôt peut-être :
Je ne sais pas.
Je m’en irai peut-être
Dans l’inconnu, là-bas, là-bas.
Comme un oiseau s’envole, ivre, par la fenêtre !
Je m’en irai dans l’inconnu, là-bas, là-bas,
Au grand soleil de Dieu renaître !
Je ne sais pas.

Ou bien j’irai dormir et pourrir à jamais
Sous quelques pieds de terre,
Loin des arbres, du ciel et des yeux que j’aimais,
Dans la nuit délétère…

Mais à mon tour j’aurai connu le goût chaud de la vie ;
J’aurai miré dans ma prunelle,
.Petite minute éblouie,
La grande lumière éternelle ;
Mais j’aurai bu ma joie au grand festin sacré ;
Que voudrais-je de plus ?
J’aurai vécu,

— Et je mourrai.