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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/359

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En larges gouttes
Dont ma paupière est éblouie,
Elles semblent tomber sur moi, tomber en pluie,
En innombrable pluie,
En pluie éparse, lente et douce de clarté,
Sans bruit, sans fin, durant l’éternité…

LE DÉSIR

« Ewig Wcibliches. » (goethe.)

Le Désir est le roi des dieux vains que nous sommes.
Il gouverne l’esprit, commande au cœur des hommes,
Fait à son gré la femme amoureuse ou pudique,
Roi fou dont les sujets meurent quand il abdique !
La volupté naïve et déjà clandestine
Rêve précocement dans toute âme enfantine,
Et le lait semble rire encor sur notre bouche
Qu’un beau sein nu lui donne une soif plus farouche.
C’est elle aussi, la volupté vive et secrète,
Que le vieillard songeant aux jours lointains regrette ;
Et peut-être, au moment de l’angoisse infinie,
Sur les draps que ramène en râlant l’agonie,
Ce que cherchent les mains hagardes et glacées,
C’est le chaud souvenir des caresses passées.
— Le Désir est le maître innombrable du monde !
Par le vide infini, sous la glèbe profonde,
Comme un long lien d’or invisible, il enchaîne
La lune à l’Océan et la girolle au chêne.
C’est lui qui, dans le bleu des sphères éthérées,
Mêle en accords les sons des planètes sacrées,
Et qui, parmi les chants des poètes sublimes,
Fait s’accoupler du fond de leur âme les rimes.
Partout avec sa force auguste et familière,
Comme à l’ormeau la vigne et comme au pin le lierre,
Le Désir à la vie entrelace la vie !
La Terre a du Soleil la même obscure envie
Que la note épousant la note dans la gamme,
Et l’Univers aspire à l’Eternelle Femme.