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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/354

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Et j’ai dit à l’automne, aux longs rayons obliques,
Au vent, au ciel, aux eaux, aux fleurs mélancoliques :
« Je ne vous verrai plus, un jour, beauté du monde !
Tu ne couleras plus en moi, douceur profonde
Qui, tous les soirs, des bois pleins d’ombres colossales
Que le couchant allonge aux prés lointains, t’exhales
Et coules lentement dans ma jeune poitrine !
Un jour, tu ne viendras plus enfler ma narine,
Je ne sentirai plus à mon front ta caresse,
Vent odorant, léger, qui cours avec paresse
Sur les fleurs que le soir n’a pas encor fermées ;
Et vous, fleurs tristes, fleurs paiement parfumées,
Un jour, vous couvrirez ma tombe, chrysanthèmes !
Mais j’accueille ton nom, ô mort, sans anathèmes
Parmi la vaste paix de ce couchant d’automne ;
Rien, ce soir, dans ma chair ne tremble et ne s’étonne,
Et la grande pensée en moi n’est pas amère ;
Et je m’endormirais comme aux bras de ma mère,
S’il fallait m’endormir par ce soir pacifique,
Remerciant la vie étrange et magnifique
D’avoir mêlé ses maux de délices sans nombre,
Souriant au soleil, n’ayant point peur de l’ombre,
Espérant dans la mort d’un espoir invincible :
Car tout ne trompe pas, car il n’est pas possible
Que mes pleurs devant ce beau soir n’aientpas de cause
Et ne répondent pas ailleurs à quelque chose,
Que cette ample beauté si douce et si sereine
Ne couvre pas un peu de bonté souterraine,
Et que mon âme enfin, douloureuse ou joyeuse,
Mais qui reste pour moi toujours mystérieuse,
Ne cache pas, peut-être au plus secret en elle,
Un mystère de plus qui la fasse éternelle ! »

(La Beauté de vivre.)

DOUTE

Il meurt sur les plus hautes branches
Un dernier rayon de soleil ;
Le couchant sème d’ors étranges
Le feuillage vert et vermeil.