Ouvrir le menu principal

Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/343

Cette page n’a pas encore été corrigée


reconnaît réellement, depuis Horace jusqu’à M. André Theurict, les contemplateurs véritables et émus d’éternels et de divins paysages. Les vers de M. Delbousquet peignent à la fois la beauté des sites et l’harmonie des êtres qui y passent. Ce sont les miroirs très fidèles d’uue belle âme ingénue, «

NOTES

Je crois être un sensitif assez psychologue pour ni intéresser à ma vie intérieure. Mais je suis le contraire d’un métaphysicien. Je croîs que /’Art doit être l’Art tout court, sans aucune préoccupation étrangère à l’Esthétique.

L’Art est la puissance de réfléchir, de recréer en soi la vie pour l’exprimer avec le plus d’émotion et de réalité possible, sous une forme belle. — Et /’utilité de la Beaute est incontestable.

J’écris tous mes vers avec le désir secret de fixer un peu de ma vie, de perpétuer l’écho de mes souvenirs, pour la seule joie de me survivre parmi les heures mortes et d’y goûter la volupté de les avoir vécues. — Comme chaque phase de nos états nerveux détermine une phase psychique correspondante, chaque période intellectuelle me parait refléter un étal sentimental : un mode d’expression adéquate s’impose donc, différent pour chacune d’elles ; car l’idée, ou, mieux, la sensation extériorisée, apporte sa forme, quand elle naît normalement.

C’est ainsi qu’aux diverses phases de ma vie, j’ai cherché à me réaliser le plus ardemment, le plus sincèrement possible*. Aussi ai-je écrit des poèmes obscurs et mélancoliques, des poèmes clairs et calmes, selon l’heure.

Il faut se résigner à n’exprimer que la plus faible part, saisie au vol, de ces minutes sacrées où notre vie intérieure s’exalte, — et porter le deuil éternel de tout ce qui est et meurt en nous, sans jaillir jamais.

EMMANUEL DELBOUSQUET.

1. Si un seul homue peut y revivre un seul instant de sa vie, que le poète soit absous d’égoïsme : car il suffit qu’un seul ait tressailli de sa joie ou de sa douleur pour que soit affirmée la beauté humaiue de son chant.