Ouvrir le menu principal

Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/338

Cette page n’a pas encore été corrigée



SONNET

Je les sens m’échapper et me fuir sans retour,
Mes ans charmants, mes ans chéris dont je ne cesse
D’aimer le souvenir avec délicatesse,
De peur de le froisser en le mettant à jour.

Ah ! le moment joli du tout premier amour !
(Le mien fut en Savoie, au seuil de la jeunesse :
En y pensant je pleure et revois la déesse.)
Et les autres, cheveux blonds et bruns tour à tour.

A quoi bon ai-je été grand, doux (trop doux peut-être) ?
Par un de ces beaux soirs je m’en vais disparaître
Aussi rapidement que je m’en suis venu.

Mais je sens de la vie en moi pour mille années ! !
Non, il faut t’en aller, et ces roses fanées
Bordent déjà ton grand chemin vers l’Inconnu.

{Remember.)

SONNET

MADAME DE VILMONT

Marc-René d’Argenson, ancien Garde des Sceaux,
Ci-devant lieutenant de police, âme fière
Et courageuse, un peu se trouble au jour si faux
De la Régence et fuit la vague séculière.

A-t-il connu Paris, sa grangrène et ses maux !
Sans devenir celui que brûle la prière,
Il vient ensevelir maintenant ses vieux os
Tout à côté des Sœurs de Traisnel… O lumière,

Lumière qu’est sa nièce exquise et pourtant pas
Très jeune, non ! Elle est prieure aux fins appas,
Elle est spirituelle, et Marc-René l’adore.

Dans le calme faubourg Saint-Antoine… Ils s’en vont
Bras à bras à travers le vert jardin profond
Du couvent, qu’un rayon dernier du soleil dore !

[Remember.)