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Le jardin n’a plus que des chrysanthèmes !
Mais l’année a mis ses grAces suprêmes

Dans ces pâles fleurs ;
Leur seule rosée est la fine pluie ;
Parfois un rayon presque froid essuie

Leur visage en pleurs ;

Leur blancheur de cire a des teintes mauves,
Les rideaux fanés des vieilles alcôves

Ont leur incarnat,
Leur plus tendre rose est teint d’améthyste,
Et même leur or le plus clair est triste

Et n’a point d’éclat.

Le jardin n’a plus que des chrysanthèmes !
Quel chagrin pensif, en leurs roseurs blêmes,

De leurs froids destins !
Quel délicat rêve en leur blancheur chaste !
Quels nobles et fiers ennuis dans le faste

De leurs ors éteints !

(Elles ont grandi sans pouvoir connaître
L’ivresse d’amour qui flotte et pénètre

Leurs sœurs de l’été,
Quand vibre partout le vol des insectes,
Douloureuses fleurs, calmes et correctes

Dans l’air déserté.
Le jardin n’a plus que des chrysanthèmes !
Allons en cueillir, puisque tu les aimes

A l’égal des lis,
Des amaryllis de larmes trempées,
Et des sombres cœurs entourés d’épées

De tes chers iris.
Nous rapporterons, en tremblantes gerbes,
Leurs troublantes fleurs, humbles ou superbes ;

Nous en emplirons
Le verdâtre et vieux vase de la Chine,
Où s’enfuit sans cesse et se dissémine
Un vol de hérons.

Le jardin n’a plus que des chrysanthèmes !
Nous devinerons les profonds poèmes
D’obscure douleur