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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/319

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UNE TEMPÊTE SOUFFLE,
ET SUR L’IMMENSE PLAGE…

Une tempête souffle, et sur l’immense plage
S’appesantit un ciel presque noir et cruel,
Où s’obstine le voi grisâtre d’un pétrel,
Qui le rend plus funèbre encore et plus sauvage ;
Un tourbillon de sable éperdu se propage
Vers un horizon blême où tout semble irréel ;
Il traîne sur la dune un lamentable appel
Fait du courroux des vents et de cris de naufrage ;
Les joncs verts frissonnants sont pâles dans la brume ;
Sous le morne brouillard qui roule sur la mer,
Bondit, hurle et s’écroule un tumulte d’écume ;
Et dans ce vaste deuil qu’étreint ce ciel de fer,
Nous sentons dans nos cœurs l’indicible amertume
De nos baisers d’adieu flagellés par l’hiver.

(A l’Amie Perdue.)

AINSI NOUS RESTERONS SÉPARÉS
DANS LA VIE…

Ainsi nous resterons séparés dans la vie,
Et nos cœurs et nos corps s’appelleront en vain
Sans se joindre jamais en un instant divin
D’humaine passion d’elle-même assouvie.
Puis, quand nous gagnera le suprême sommeil,
Ils t’enseveliront loin de mon cimetière ;
Nous serons exilés l’un de l’autre en la terre,
Après l’avoir été sous l’éclatant soleil ;

Des marbres différents porteront sur leur lame
Nos noms, nos tristes noms, à jamais désunis,
Et le puissant amour qui brûle dans notre âme,
Sans avoir allumé d’autre vie à sa flamme,
Et laissant moins de lui que le moindre des nids,
Tombera dans la nuit des néants infinis.

(A l’Amie Perdue.)