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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/311

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Au cri de la douleur de leurs rêves sans nombre
Qui montaient jusqu’à moi de leurs corps déchirés…

Durant les nuits d’été larges et lumineuses
La lune s’agrandit comme un soleil levant ;
Et tu surgis au bord d’un lac de diamant,
Sion, Sion, ville des veuves douloureuses !
1888.

ÉVOCATION

A travers les jardins de la Vieille-Espérance
Je me suis promené pendant toute la nuit ;
J’ai cueilli sur les fleurs la moisson du silence
Qui me parfumera comme un encens bénit.

Afin de ranimer les visions errantes,
L’heure crépusculaire, avec des mots anciens,
Eveille au bord des lacs les villes transparentes
Et les peuples émus au chant des musiciens.

Dans les bois cependant le vent seul parle encore,
Les cortèges de gloire entrent dans la cité ;
La cité qui chantait clôt ses portes d’aurore,
Le jardin d’autrefois est soudain dévasté…
Quel vieillard tout-puissant que la vie importune
Nous a pris aux filets du rêve, quel sorcier,
Moi, couronné déjà de l’antique laurier,
Et toi dans ton sommeil prolongé par la lune ?

(Tombeau de Jules Tellier, 1890.)

PRÉSAGE

Saisissant maintenant la lyre qui rayonne
A mon bras parfumé de fleurs,
Et montant sur le char des neuf Muses, mes sœurs,
Qu’un éclair rapide environne,
Je veux plus que l’Amour admirer la Beauté
Pareille à la mer blanchissante,
Comme elle redoutable, implorée et puissante,
Et fleur de la félicité !