Ouvrir le menu principal

Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/310

Cette page n’a pas encore été corrigée



DOULEUR

Sion, Sion, ville des veuves douloureuses,
Les hommes, sur nous deux, dans leur haine, ont jeté,
Funèbre floraison de roses ténébreuses,
Leur malédiction, ô royale cité !

Une voix a crié parmi le grand silence :
Le cri de ta douleur est monté jusqu’à moi ;
Voici qu’il se prolonge encore et qu’il s’élance
Dans le ciel, et le ciel est livide d’effroi.

J’entends pleurer Rachel au fond des solitudes !
Les prophètes ardents amènent au désert
Les rois vaincus et les tremblantes multitudes
Des empires soumis aux couronnes de fer.

J’entends la voix de la montagne et de la plaine :
Elle sanglote sur la campagne sans bruit…
Les morts dont l’étendue obscure est toute pleine
Sont tombés là pendant l’orage de minuit.

Je vois les cavaliers sanglants de la victoire,
Et les durs souverains à la tiare d’or
Sur les suppliciés tendant leurs mains d’ivoire,
Signe de la justice et symbole de mort.

Je vois la flamme des bûchers et les tortures,
L’épouvante de tous les âges, la terreur
Des mères dont le cœur est brûlant de blessures…
On a coupé les lys dans ce pays qui meurt !

J’ai dit : « Honte à vos rois, à vos dieux, à vos sages ;
Ils ont tué la vie, ils ont tué l’amour !
Et maintenant leurs yeux cherchent sur les rivages
Le rédempteur dont ils attendent le retour. »

J’ai dit : « Que les vautours et les aigles voraces
Emportent les bourreaux suppliant et criant ;
Je vais renouveler et détruire des races,
Car ma tristesse a contemplé cet Orient. »

Ma voix a répondu parmi le deuil et l’ombre
Au cri de la douleur de ces désespérés,