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BERGAMIN

Est-ce un Greuze qui marche ou bien un Debucourt,
Que ce délicieux, svelte et joli vieil homme,
Rose comme un œillet, ridé comme une pomme,
Et qui, du ton léger d’un vieux marquis, discourt ?

Il grimpe au mur, se meut, sifflote, arrose, court,
Très caricatural, mais toujours gentilhomme !
Joué par vous, Leloir, ce fantoche se nomme
De Bergamin, et non plus Bergamin tout court.

Et que cette perruque est drôlement coquette
Qui mousse sur le front comme en neigeux bandeaux,
Et tombe, en catogan dépoudré, dans le dos !

Et cette inexorable et falote casquette !
Et ce grand gilet jaune aux dessins de rideaux !
— Vous avez mis plus qu’il n’y a dans ma plaquette.

PASQUINOT

Être énorme marchant d’un petit pas baroque ;
Œil rond de moineau fou ; hauts sourcils étonnés ;
Bouche burlesquement de brème, sous un nez
Farouche, comme en bois, et qui doit faire époque ;

Gros souliers piétinants, profonds soupirs de phoque,
Chapeau démesuré, gestes désordonnés,
Linge livrant au vent ses flots amidonnés, —
Tel Pasquinot va, vient, court, s’indigne, suffoque !
Il rugit, secouant d’un air très carnassier
Des cheveux léonins. Et son costume à basques
Est gorge-de-pigeon à grands boutons d’acier.
Et parmi ces gaîtés de farces bergamasques,
L’ampleur, et le lyrisme, et le noble souci
Du style, et la rondeur… Mon cher Laugier, merci !