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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/295

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Ya pas eun’ tomb’, pas un bout d’ croix !
Ya rien qui marqu’ ta fosse à toi,
pas un sign’, pas un nom d’ baptême,
et rien non pus pour t’abriter….

(J’ dis pas qu’ tu l’as point mérité
Mais pour eun’ mèr’, c’est dur tout d’ même !)

Louis, tu sais, faut que j’ te confesse ;
De d’pis un an,… d’pis… ton histoire
j’ suis pus tournée qu’aux idées noires
et j’ai l’ cœur rien qu’à la tristesse.

Aussi preusent j’ suis tout’ sangée,
j’ suis blanchie, courbée, ravagée
par la honte et par le tourment ;
si tu pourrais m’ voir à preusent
tu m’ donn’rais pus d’ quatre-vingts ans.

Et pis j’ai eu ben d’ la misère,
(ça m’a fait du tort tu comprends !)
Quand qu’on a su qu’ j’étais ta mère,
j’ai pus trouvé un sou d’ouvrage,
on m’a méprisée dans l’ quartier
et l’a fallu que j’ déménage.

Depis… dans mon nouveau log’ment
j’ vis seule… ej’ peux pas dir’ comment,
comme eun’ dormeuse, eun’ vraie machine ;
j’ cause à personn’ de not’ malheur.
j’ pense à toi et tout l’ jour je pleure,
mêm’ quand que j’ suis à ma cuisine.

L’ matin, ça m’ prend dès que j’ me lève ;
j’ te vois, j’ te caus’… tout haut… souvent,
comm’ si qu’ tu s’rais encor vivant !
J’ mang’ pus… j’ dors pus, tant ça m’ fait deuil
et si des fois j’ peux fermer l’œil,
ça manqu’ pas, tu viens dans mes rêves.

C’te nuit encor… j’ t’ai vu… plein d’ sang,
tu t’nais à deux mains ta pauv’ tête
et tu m’ faisais — « Moman ! Moman ! »
Mais moi j’pouais rien pour t’aider ;