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— Quoi tu pens’s de not’ Société ?
Des becs de gaz… des électriques.
Ho ! N’en v’là des temps héroïques !
Voyons ? Cause un peu ? Tu dis rien !
T’ es là comme un paquet d’ rancœurs.
T’ es muet ? T’ es bouché, t’ es aveugle ?
Yaou… ! T’ entends pas ce hurlement ?
C’est l’ cri des chiens d’ fer, des r’morqueurs,
C’est l’ cri d’ l’Usine en mal d’enfant,

C’est l’ Désespoir présent qui beugle !
. . . . . . . . . . . . . . . . .

(Les Soliloques du Pauvre.)


JASANTE[1] DE LA « VIEILLE »


Tu ne tueras point.

Bonjour… c’est moi… moi ta m’man
J’ suis là, d’vant toi au cèmetière.
(Aujord’hui y aura juste un an,
Un an passé d’pis… ton affaire.)

Louis ?
Mon petit… m’entends-tu seul’ment ?
T’entends-t’y ta pauv’ moman d’ mère ?
Ta « Vieill’ », comm’ tu disais dans l’ temps.

Ta Vieill’, qu’alle est v’nue aujord’hui
malgré la bouillasse et la puïe,
et malgré qu’ ça soye loin, Ivry.

Alorss… on m’a pas trompée d’ lieu ?
C’est ben ici les « Condamnés » ?
C’est là qu’ t’es d’pis eun’ grande année ?
Mon dieu mon dieu ! Mon dieu mon dieu !

Et où donc ? Où c’est qu’on t’a mis ?
D’ quel côté… dis-moi mon ami ?
C’est plat et c’est nu comm’ la main….

  1. Jasante = prière.