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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/273

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Il a passé sur toi un grand vent inconnu
Venant du fond des cieux et du fond de la terre.

Et les statues des rois, des vierges et des dieux
Se sont tordues de peur ainsi que des démentes ;
Tes lampes se sont agrandies comme des yeux,
Les portes des lieux saints ont crié d’épouvante…

— Et tu sembles, avec tes longs clochers de pierre,
Tels les mâts d’un vaisseau par la brume grandis,
Dans le flot éternel des sillons de la terre,
Un grand navire errant où comme un incendie,

Qui vogue seul, la nuit, avec toutes ses voiles,
Sans boussole et sans matelot au gouvernail,
Dans un lieu dangereux, par un soir plein d’étoiles,
Sans capitaine, sans drapeaux et sans funal,

Et porte sous ses ponts une grande plaie rouge,
. Le feu mystérieux qui marche, qui grandit,
Qui consume les cargaisons, gagne les poudres
Et va faire sauter le navire, ô Paris !…

(Le Poème de la Jeunesse.)

DERNIÈRE CHANSON DU POÈTE IVRE

J’étais tout de bleu vêtu,
J’avais un chapeau pointu :

C’était pour te plaire.
Sur le seuil de la maison
Nous regardions sans raison

L’étoile polaire…

Un certain soir, nous trouvâmes
Un lys beau comme nos âmes

Que ta main brisa.
Tu cueillis des feuilles sèches,
Et puis nous bûmes l’eau fraîche

Des alcarazas.

Sur le vieux puits accoudés,
Nous vîmes nous regarder
Les yeux de la lune.