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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/269

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que les maisons seront tombées une par une,
le silence viendra parmi les ruines grises,
les vents futurs feront tressaillir sous la lune
des fantômes de ponts et des spectres d’églises…

Et nous sur qui les morts lourdement pèseront,
nous les sacrifiés pour les fins de la vie,
nous rêverons assis dans les champs inféconds
près de marais cachant les cités englouties.

Et plus tard un jeune arbre, un matin de printemps,
fera monter parmi les pierres sa ramure,
et les mères verront dans les yeux des enfants
poindre, poindre les tours de la ville future.

(La Chanson des Hommes.)

LE POÈTE ET LA NATURE

LE POÈTE

Autrefois j’étais fier, loyal et généreux,
Kt j’aimais la bonté comme on aime une femme ;
Tel un flot débordant d’un vase précieux,
Mes rêves et ma joie débordaient de mon ûme.

L’aurore me versait les ardeurs de son sang
Et le soir m’emplissait d’une telle allégresse,
Que je ne trouvais pas de vers assez puissants
Pour mettre à l’unisson le chant de ma jeunesse.

J’honorais les mendiants qui vont sur les chemins
Comme des rois errants, et leur versais à boire ;
Le geste d’un ami qui me donnait la main
Etait pour moi plus beau que l’or et que la gloire.

Je croyais à l’amour, aux serments éternels,
A tout ce qui semblait héroïque et sincère ;
Je jetais au hasard mon rêve fraternel
Comme on jette un bouquet au fil d’une rivière.

Maintenant l’amitié, le rêve m’importune ;
Des larmes sans noblesse ont coulé sur ma joue,
Et j’ai voilé mon front, connaissant l’infortune
D’être haï de ceux que j’aimais entre tous.