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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/268

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tes lumières au loin semblent des yeux sanglants, tes églises tendent au ciel des bras qui souffrent.

Rends-nous la chair dont sont pétris les monuments ;
tes murs sont faits avec nos rêves et nos râles ;
C’est notre vie, à nous, qui bouge dans tes flancs,
et notre sang suinte au front des cathédrales…

Nous n’avons plus la foi qui fait se résigner ;
le chant de Dieu ne courbe plus les foules vastes,
et les cloches fondues par des mains d’ouvrier
ne nous berceront plus d’un grand rêve néfaste.

Nous ne demandons pas, prêtres, un espoir vain ;
le bonheur de demain, nous le jetons au vent,
mais nous voulons le pain du siècle, le bon pain
que notre lent effort a fait jaillir des champs.

Nous voulons notre place au banquet de la terre,
pouvoir jouir un peu de la clarté du jour,
dormir, boire, rêver, chanter avec nos frères,
notre part de soleil et notre part d’amour.

Nous avons attendu dans des années sans nombre
sous le joug de douleur ne sachant pas penser.
Le souffle des idées a dispersé les ombres…
L’étoile de justice a lui pour les bergers…

Nous marchons ; l’air est tiède et lourd et plein d’éclair
et de beaux anges noirs flottent au ciel tragique.
Nos outils font du bruit ; les astres qui passaient
Sont venus se poser au front des républiques.

Voici des pauvres gens l’innombrable cohorte
levant ses mille bras pour d’étranges travaux.
Nos fiancées, là-bas, se mettent sur les portes,
les foulards rouges à leurs doigts sont des drapeaux.

Voici les douloureux et les justes barbares…
Des incendies vont s’allumer dans les faubourgs,
l’on verra s’écrouler les temples, les théâtres,
des rêveurs chanteront d’amour aux carrefours,

et le sang des humains salira les pavés,
des vieillards porteront les lys de l’espérance
et les mourants auront une étrange beauté,
et quand la ville enfin ne sera plus que cendres,