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SENTEURS DES NUITS D’ÉTÉ, DOUX PARFUM DE ROSÉE…

Pour Paul Musurus. Fluunt a rebus odores.

Senteurs des nuits d’été, doux parfum de rosée ;
Fraîcheur délicieuse où les bois sont baignés ;
0 soupirs de la terre heureuse et reposée,
Nards subtils dont les champs muets sont imprégnés ;
Vents légers portant sur leurs ailes le silence
Et prenant leur arome aux calices des fleurs ;
Vent tiède et pur, ô vent dont l’haleine balance
La rose incarnadine et les pâles blancheurs
Des jasmins étoilés qui s’ouvrent aux ténèbres,
Senteurs des nuits d’été, douces odeurs funèbres,
Vous descendez en moi comme un baume divin.
Vous emplissez d’espoir mon âme et ma pensée
Et je me perds en vous ainsi que le Sylvain
Se perd dans la forêt par l’Eurus caressée.
Vous laissez au miroir du lac tomber parfois
Les pollens fécondants et les jaunes poussières
Des lys mystérieux éclos au fond des bois.
Vous promenez sans bruit, sous la frêle lumière
De Phébé qui sourit, vos cortèges légers,
Et vous environnez les arbres et l’espace,
La campagne tranquille et les calmes vergers
De guirlandes d’odeurs où l’âme de Dieu passe.
Chers parfums que mon front avide vient baiser,
Votre souffle calmant tombe sur mes paupières,
Et je sens mon esprit inquiet s’apaiser,
Senteurs des nuits d’été, frais parfums des clairières,
Au bienfaisant contact de vos ondes d’amour.
Par vous le clair silence est plus doux, et la source
Avec plus d’harmonie et d’essor tour à tour
Sur le lisse tapis des prés poursuit sa course.
La sève qu’échauffa l’implacable soleil
Etanche son ardeur aux bains de votre essence ;
L’herbe y puise la vie, et le rosier vermeil
Y prépare en secret sa belle efflorescence.