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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/245

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Leurs yeux ont la pâleur tendre des asphodèles,
Leur regard simple est une fleur qui vient d’éclore,
Et leur rire est perlé comme un battement d’ailes
Sur le cristal brisé de la source sonore.

Les deux nymphes, mêlant leurs paroles légères
Aux murmures de l’eau qui glisse sous les rives,
Enlacent leurs beaux doigts aux palmes des fougères
Qui ondulent soudain sous ces clartés furtives.

Puis, quand la nuit noircit sur la source argentée,
Les nymphes, qui ont peur, frissonnent et se voilent…
Mais leurs yeux entr’ouverts près de l’eau pailletée
Brillent, presque mêlés aux reflets des étoiles.

(Pierre Rovert.)

LE BOUQUET APRÈS LA PROMENADE

Le long des murs d’un parc, — par un sentier si sombre
Qu’il me fallait, peureuse et tendre, t’cnlacer, —
Nous arrivions auprès d’un bois dont la grande ombre
Tombait sur le vallon gris et violacé.

Tu t’asseyais au bord du saut-de-loup plein d’herbe ;
Je m’étendais, posant mon front sur tes genoux ;
Et tes mains s’amusaient à refaire la gerbe
Des fleurs que nous avions prises un peu partout.

Ah ! que ces fleurs étaient brillantes et légères !
Elles passaient si près de mes yeux, que souvent
Je croyais voir, au ciel où mourait la lumière,
Des nuages rosés s’effeuiller dans le vent.

Ton visage tremblait à travers les brindilles ;
Une herbe me pouvait cacher tes cheveux blonds ;
Mais,par moments, tes yeux, comme de l’eau qui brille.
Cachaient leur douceur bleue entre deux brins de jonc.

Et l’heure devenait plus sombre ; le silence
Nous laissait écouter les ailes des oiseaux.
« Les branches — disais-tu— qu’un souffle lentbalonce
Font le bruit continu du vent dans les roseaux. »