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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/223

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MIDI

La nature se tait. — La rivière et la plaine
Ont l’immobilité muette de la mort ;
L’anéantissement, pesant comme un remord,
Ecrase les rumeurs dont la terre était pleine ;

Nul bruit ; l’on entendrait le voi d’une phalène ;
Les oiseaux haletants éteignent leurs voix d’or ;
Et l’homme, au bercement de son hamac, s’endort
Sous les feuilles qu’effleure une fiévreuse haleine.

Ainsi le sommeil lourd, enivrant, anxieux,
Porté par les rayons, glisse le long des cieux
Où le soleil lassé mollement se balance…

Tandis que la paresse impassible descend
Sur les sens assoupis du monde languissant,
Ma pensée engourdie écoute le silence.

[Fleurs du Mé-Kong.)

SONNET

L’éternel grondement sinistre de la mer !…
Oh ! quand te tairas-tu, pauvre grande navrée ?
Quelle est cette douleur inconnue et sacrée
Que sur les bruns coraux roule ton flot amer ?

Les doux gardénias et les roses, dans l’air,
Balancent leurs parfums : vois la belle soirée !
La lune sur ton sein, du haut de l’empyrée,
Epanche en blancs rayons son rire frais et clair.

Ton âme sans raison sanglote avec la mienne,
0 mer, car il n’est rien dont elle se souvienne,
Et mes propres regrets ne l’attendrissent pas.

Car tu n’aimes personne ; et pourtant, moi je t’aime,
En songeant que peut-être, à cette heure, de même,
Tu pleures avec ceux que je pleure, — là-bas !

[Fleurs de Corail.)