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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/217

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HANTISE DU SOIR

Au long du chemin que je longe
Infini comme les songes,
Les douleurs, en robes de couleur,
M’escortent, moi et ma Douleur.

Il en est qui, pâles, blanches,
Se dressent à demi, lassées,
Et dont les mains à peine posées
Frôlent mes hanches.

Il en est d’écarlates, qui saignent
Toutes droites voilées de sang,
Et c’est à peine si elles daignent
Murmurer en passant.

Il en est de bleues et d’idéales
Comme la désespérance du beau ciel,
Mornes et comme lui fatales,
Orientales et muettes.

Il en est qui ont le visage
De la dernière que j’ai aimée,
Tantôt lorsqu’elle était sage,
Tantôt lorsqu’elle a dit adieu.

Il en est qui sont de couleur verte
Comme l’espérance elle-même,
Et qui me saisissent à bras le corps
En me disant qu’elles m’aiment.

Il en est encore

Qui se traînent derrière mes pas,
D’autres qui ont un visage d’or,
Et d’autres qu’on ne voit pas,

Et qui, prosternées dans l’ombre,
Attendent d’autres que moi
Avec leur supplication sombre
Et des siècles d’émoi dans la voix.

Leurs yeux cernés, leurs lèvres blêmes,
Disent l’Amour et la Mort :