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MON ENFANCE, ADIEU MON ENFANCE…

Mon enfance, adieu mon enfance. — Je vais vivre.

Nom nous retrouverons après l’affreux voyage,
Quand nous aurons fermé nos âmes et nos livres,
Et les blanches années et les belles images…
Peut-être que nous n’aurons plus rien à nous dire !
Mon enfance tu seras la vieille servante
Qui ne sait plus bercer et ne sait plus sourire,
Et moi, plein de ton amertume vigilante,
J’ensevelirai le mystère des paroles…
Adieu. — Nous rouvrirons les portes du village,
Et ce sera la nuit de fête qui console…
Et la pluie mouillera ces tendres paysages…
Les paysans d’alors dormiront dans leurs chambres…
Et les jardins auront leur place accoutumée…
Ce sera quelque nuit limpide de décembre,
Avec la même route unie et parfumée…
Et les branches qui font des silences soudains…
Les femmes qui traversent une lampe à la main…
Les chiens maigres et plats étendus sur le sable…
Le bruit dans les massifs des grands rhododendrons…
Ces poussières d’amour que nous ramasserons,
Et tous nos bons regrets assis à notre table…
Je vous retrouverai le soir d’une journée, —
Les étoiles du champ viendront à la veillée,
Et vous me laisserez pleurer, sur vos genoux.
Nous entendrons le vent s’endormir dans les arbres ; —
Puis je regarderai mes deux mains apaisées,
Sous le clair silence du vieil abat-jour vert…
Peut-être un souffle triste ouvrira la croisée…
On entendra passer les longs chemins de fer…
Et la lune ne sera pas encor levée. —
Pauvre petite vieille enfance retrouvée,
Ce sera comme si je n’avais pas souffert…
Pas souffert ? est-ce vrai ? nous n’avons pas pleuré.
Pas souffert ? Oh ! répète-le, ma grise amie, —
Et vienne ce beau soir que j’évoque à mon gré,