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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/175

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Et déjà, respirant les fleurs d’étranges soirs,
Le Rêve s’aventure, enlacé par Hélène,
Aux plus lointaines mers de la pensée humaine
Sur son char attelé de deux grands cygnes noirs.

O Nuit, tes pieds divins font tressaillir la terre,
Ta coupe d’argent noir contient les Profondeurs,
Tu fais jaillir de nous les secrètes splendeurs ;
Et je t’adorerai pour ce triple mystère.

O Nuit magicienne, ô douce, ô solitaire !

[Le Chariot d’Or.)

IDÉAL

Hors la ville de fer et de pierre massive,
A l’aurore, le chœur des beaux adolescents
S’en est allé, pieds nus, dans l’herbe humide et vive,
Le cœur pur, la chair vierge et les yeux innocents.

Toute une aube en frissons se lève dans leurs âmes.
Ils vont rêvant de chars dorés, d’arcs triomphaux,
De chevaux emportant leur gloire dans des flammes,
Et d’empires conquis sous des soleils nouveaux !

Leur pensée est pareille aux feuillages du saule
A toute heure agités d’un murmure incertain ;
Et leur main fièrement rejette sur l’épaule
Leur beau manteau qui claque aux souffles du matin.

En eux couve le feu qui détruit et qui crée ;
Et, croyant aux clairons qui renversaient les tours,
Ils vont remplir l’amphore a la source sacrée
D’où sort, large et profond, le fleuve ancien des jours.

Ils ont l’amour du juste et le mépris des lâches,
Et veulent que ton règne arrive enfin, Seigneur !
Et déjà leur sang brûle, en lavant toutes taches,
De jaillir, rouge, aux pieds sacrés de la Douleur !

Tambours d’or, clairons d’or, sonnez parles campagnes
Orgueil, étends sur eux tes deux ailes de fer !
Ce qui vient d’eux est pur comme l’eau des montagnes
Et fort comme le vent qui souffle sur la merl