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Ivresse ! Bras tendus au ciel ! Vol qui s’égare…
Baiser de l’infini qui rend pale un instant…
Et toujours sous nos fronts ce vieux désir luttant,
Toujours l’héréditaire orgueil du fils d’Icare.

Un vent sacré venu des espaces profonds
Détache le fruit mùr qui pèse aux flancs des femmes.
Pendant qu’à son approche, au loin, les grandes fîmes
Brûlent, comme des feux allumés sur les monts.

Je te salue, ô Nuit des pâtres, des prophètes,
Mère au long voile noir des grands enfantements ;
O féconde par qui, jumelles en tourments,
Les œuvres de la femme et de l’homme sont faites.

Grande Nuit ! Sanctuaire auguste des secrets,
O Nuit, sœur de la Mort, comme elle impénétrable,
Nuit d’Orphée et d’isis, Déesse vénérable,
Aïeule de la mer antique et des forêts !

Et Nuit divine aussi, vierge pure et clémente
Qui ranimes l’amour à ton sourire obscur,
Toi qui poses au cœur tes longues mains d’azur,
Et portes le Sommeil innocent sous ta mante.

Seule, tu sais calmer les tourments inconnus
De ceux que le mentir quotidien torture.
Leur front brûle, et voici ta sombre chevelure ;
Leur âme est solitaire, et voici tes bras nus.

Et chacun, dénouant les liens du masque infâme,
Dans ta forêt, sous l’œil d’or fixe du hibou,
Au large de son cœur promène un archet fou,
Et marche, magnifique et libre, dans son âme !

Cependant qu’aux buissons l’oiseau sentimental,
L’oiseau, triste et divin, que les ombres suscitent,
Sur les jardins déserts où les feuilles palpitent,
Fait ruisseler son cœur en sunglots de cristal.

Minuit. La voûte est comme une église tendue.
Le Livre resplendit, au fond, d’or et de fer.
Et la chair est sublime et vibre avec l’éther !
O vagues de silence à travers l’étendue…