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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/154

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Mesure en t’y penchant ton morne foyer noir :
N’est-ce pas toi, cet âtre éteint où deux Chimères
Brillent d’un vain éclat sur les cendres amères ?
Et puisque tout est faux, puisque même ton art
Aux rides de ton cœur s’écaille comme un fard,
Cherche contre l’assaut de ta peine insensée
L’asile sûr où l’homme échappe à sa pensée,
Ouvre ton lit désert comme un sépulcre, et dors
Ou sommeil des vaincus et du sommeil des morts.

[VEros funèbre.)

CONTEMPLE TOUS LES SOIRS…

Contemple tous les soirs le soleil qui se couche :
Rien n’agrandit les yeux et l’âme, rien n’est heau
Comme cette heure ardente, héroïque et farouche,
Où le jour dans la mer renverse son flambeau.

Pareil, dans un repli secret de la falaise,
A cette conque amère où soupirent les flots,
Poète, ô labyrinthe impénétrable ! apaise
Ton cœur sanglant rempli de sel et de sanglots.

Tourne vers l’horizon ton front mouillé, ta bouche
Ouverte, et que tes yeux desséchés par le vent
Aillent du lieu tragique où le soleil se couche
Aux nocturnes brouillards violets du levant.

Pèse en les mesurant ces hautes destinées
Dont la lumière accrue aveuglait au zénith,
Et qui montaient encore et se sont inclinées
Lourdement vers l’obscur sépulcre où tout finit.

L’humanité sans foi vieillit dans l’amertume ;
Songe aux dieux que son jeune espoir crut immortels :
Leurs encensoirs rouilles exhalent de la brume,
Et l’araignée argente et brode leurs autels.

Songe aux peuples déchus : ils furent grands. Ta race
Avait d’un glorieux azur nourri ses lys,
Et ses rois luches l’ont, débouclant leur cuirasse,
Laissé s’entre-tuer sur ses drapeaux salis.