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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/136

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SYMBOLE

Voici qu’à l’horizon coule un fleuve de sang.
De sa pourpre lugubre et splendide il inonde,
Sous les cieux consternés, l’orbe muet du monde.
Où l’horreur d’un grand meurtre invisible descend.

Ainsi qu’au lendemain des épiques désastres
Pour les princes vaincus on drape l’échafaud,
La nuit, sur le zénith, debout comme un héraut,
Etend l’obscurité de son deuil larmé d’astres.

Exsangue et phosphoreuse, ô téte dont la chair
A gardé la pâleur et le froid de l’épée, —
Lumineusement roule une lune coupée
Dans le silence noir et la terreur de l’air.

Rien ne s’anéantit. Tout ce qui fut persiste.
Les crimes d’ici-bas renaissent dans les cieux.
Ce soir, dans le palais aérien des dieux,
Hérodiade a fait décoller Jean-Baptiste.

(La Nuit.)

AMOUR D’HOPITAL

O Reine des Douleurs, qui rayonnes de sang
Comme un rubis royal jette une flamme rouge,
Le forceps, qui t’a mise au monde dans un bouge,
D’un signe obscène doit t’avoir marquée au flanc.

Dans ton œil, où voyage un reflet satanique,
Le meurtre se tapit sous un velours de feu,
Ainsi qu’au fond d’un ciel amoureusement bleu
Dans les vents parfumés flotte un mal ironique.

Tu t’es faite, ô ma sœur, gardienne à l’hôpital,
Pour mieux repaître tes regards d’oiseau de proie
Du spectacle écœurant, cruel et plein de joie
De la chair qui se fend sous le couteau brutal.

Dans le grouillis rougeatre et gluant des viscères,
Des muscles découpés, des tendons mis à nu,