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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/126

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Voyant à la mort du soleil,
Parmi les rayons et les ombres,
Les barques des nuages sombres,
Les pauvres vieux, pris de sommeil,
Sentant que leur barque chavire,
Fredonnent Le Petit Navire,
Et dorment leur dernier sommeil.

(Chansons d’amour. — Musique de A. Derna.)


LE PETIT MITRON

À Séverine.

C’était un pauv’ petit mitron,
Qui mitronnait des pains d’un rond.
Quand il pétrissait la farine,
Il était blanc comm’ de l’hermine.
Tout’ la journée il travaillait,
Et la nuit, quand il sommeillait,
C’était sur un sac, sur la dure :
L’patron n’fournit pas d’eouverture.

C’était un pauv’ petit mitron,
Qui mitronnait des pains d’un rond.

Un soir d’hiver, par les grands froids,
Fallut porter l’gâteau des Rois,
Tout fumant, bien rose et bien tendre,
Chez des rich’s qu’aimaient pas attendre.
L’patron lui dit : « Tu soup’ras d’main.
Si t’as froid, souffle dans ta main.
Si t’as soif, y a d’la neige à boire ;
Puis, t’auras p’têt’ deux sous d’pourboire. »

C’était un pauv’ petit mitron,
Qui mitronnait des pains d’un rond.

Il marcha longtemps. À la fin,
Transi de froid et mourant d’faim,
Comme un criminel qu’on pourchasse,
Il s’blottit au fond d’une impasse.
Il allait mordre au grand gâteau,
Il sentit sa gorge à l’étau.