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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/119

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Mais tout à coup, s’ouvrant dans l’ombre qui s’enfuit,
Et déchirant son sein, plein de flamme et de cendre,
Il allume, superbe, un soleil dans la nuit !

LE PÉTREL

Tu planes, ô Pétrel, sur les mers douloureuses,
Sans regarder là-bas rire l’Eté vermeil ;
Jamais tu ne t’en vas vers les terres heureuses
Suivre de ciel en ciel la fête du soleil.

Sur le glauque Océan tu fuis à tire-d’aile :
Amant des libres flots, que t’importe le sol ?
Le rivage est stérile et l’infini t’appelle :
Va, plonges-y sans fin l’ivresse de ton vol !

Et tandis que sous toi le gouffre se lamente,
Tu sais trouver la paix par-dessus la tourmente,
Tranquillement bercé par les vents furieux I

Comme toi, le cœur fort, qu’en vain le sort opprime,
Par delà l’ouragan cherchant l’azur des cieux,
Monte, calme et vainqueur, — et chante sur l’abîme.

GERMINAL

Dans l’Aurore, qui s’ouvre en un cintre vermeil
Comme un arc triomphal de lumière et de roses,
Vénus victorieuse apparaît : — un éveil
Court en frisson d’amour jusqu’à l’âme des choses !

La fleur s’ouvre ; les nids, d’un doux rayon baisés,
Gazouillent ; des champs monte une ivresse de sève ;
Et, là-bas, à pas lents, des couples enlacés
S’enfoncent sous la verte ogive de la drève.

Tout aime ! c’est l’avril, et le vent embaumé
Halète avec langueur ainsi qu’un sein pâmé ;
L’oiseau chante et le cerf brame au loin dans les combes…

C’est Vénus qui descend dans le printemps joyeux,
Et, trônant sur son char attelé de colombes.
Elle épand l’urne d’or du soleil dans les cieux !