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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/101

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le 19 mars 1855 ; il descend d’une illustre famille française qui a produit des hommes de guerre et des hommes d’Etat, parmi lesquels le maréchal de Montluc, Pierre de Montesquiou (maréchal de Louis XIV), Anne-Pierre de Montesquiou, conquérant de la Savoie, l’abbé de Montesquiou, ministre de Louis XVIII.

M. de Montesquiou s’est longuement et consciencieusement préparé au noble métier de poète. « Cet écrivain nous dit M. Adolphe Van Bever, est un fruit de culture ; son vers n’est que l’expression asservie d’aptitudes longtemps favorisées. L’ordonnance des poèmes, le choix des images, l’assignation des rimes, la recherche des rythmes, ne sont, chez lui, que les reflets d’une esthétique très personnelle, parfois tyrannisée. Peu lui importe le vers, s’il n’offre qu’un caractère de lyrisme. Apparenté à quelques poètes du xviie siècle, il a leur préciosité sans admettre leur grâce flétrie.

« Il débuta en 1892, avec les Chauves-Souris, clairs-obscurs, recueil de sensations savamment interprétées. Parurent ensuite : Le Chef des Odeurs suaves, « poème dont les fleurs et les parfums groupés en symbole forment le sujet varié » ; Le Parcours du Rêve au Souvenir, « multiples feuillets recueillis au long des voyages du poète » ; Les Hortensias bleus, « modulations alternativement fortes et délicates » ; Les Perles Rouges, quatre-vingt-treize sonnets sur Versailles, qui font revivre, en lui gardant la grâce de sa vieillesse surannée, le Grand Siècle aboli ; Les Prières de tous. Ajoutons encore deux volumes de prose, Roseaux pensants et Autels privilégiés, où, par un goût très rare, l’auteur se plaît à évoquer des physionomies d’artistes oubliés ou méconnus.

« Dans l’un de ces ouvrages, M. de Montesquiou a réimprimé en partie le texte d’un volume Félicité, par lui publié antérieurement sur Marceline Desbordes-Valmore. Et ce sera certainement un de ses titres à la reconnaissance du siècle que d’avoir, par ses écrits, par ses conférences et par sa participation aux fêtes de Douai, contribué à la résurrection littéraire de cette femme de génie. »

Dans la préface de l’édition épurée et définitive de ses Poésies, M. Robert de Montesquiou justifie en ces termes les suppressions qu’il a jugées nécessaires : « J’étais jeune quand j’ai écrit beaucoup des pièces qui composent ces poèmes. — Le regard dont je les revois gagne en clarté ce qu’il a pu perdre en gaieté. — L’erreur, en même temps que le mérite de la jeunesse, c’est la prodigalité de ses dons, qualités et défauts mélangés. Si les miens furent l’exubérance et la complication naturelle, ils se sont amplement donné carrière dans ces livres. Il fallait y remédier, sans priver les ouvrages de leur caractère. J’espère y avoir réussi. Le choix n’est que de l’âge mûr. »