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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/67

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LE LAC DES GOYAVIERS


Beau lac, sur les gazons que ton flot calme arrose,
La colombe des bois s’arrête et se repose ;
Et, voilant ses bonheurs dans l’ombre des rameaux,
Suspend son nid à l’arbre incliné sur tes eaux.
Pour embellir tes bords, la jam-rose odorante
Ombrage de son fruit ton onde transparente ;
Pour charmer tes échos, l’aigrette du maïs
Berce parmi ses fleurs le chant des bengalis ;
Et, ridant ton azur, la poule d’eau sauvage
Montre sur tes flots bleus son bleuâtre corsage.
L’ouragan déchaîné qui rugit sur les monts,
Quand son souffle orageux descend dans ces vallons,
Epargne le bassin où ta vague demeure ;
Son courroux désarmé te caresse et t’effleure.
La lune, à son zénith, blanchissant tes roseaux,
S’arrête dans l’azur pour contempler tes eaux.
Tout s’embaume en ces lieux d’amour et d’harmonie.
N’es-tu pas le séjour de quelque heureux génie ?
Des ondes et des bois respirant la douceur,
Je l’écoute, et je crois écouter une sœur,
Qui gronde en souriant, dont la voix jeune et pure,
Fraîche comme ton eau qui se plaint et murmure,
Semble, en se consolant, me reprocher tout bas
De vivre dans un monde où le bonheur n’est pas ;
Et mon âme à ta voix descend vers ce rivage
Comme un oiseau battu par le vent et l’orage,
Et, rêvant au long bruit de tes mourants accords,
Voudrait se faire un nid à l’ombre de tes bords.

(Poèmes et Paysages.)