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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/599

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Que dans le reflet des dentelles
S’illuminent aussi pour elles
Des couronnes de diamants 1

Prison de Tours, novembre 1872.

(Les Evocations.)

LA CHARRUE

Lourde comme le plomb, dure comme le marbre,
Dans la sérénité des larges cieux ouverts,
La branche s’élançait du tronc noueux de l’arbre
Avec ses deux rameaux pareils à des bras verts.

Un jour, dans la saison hésitante où la brise
Sous les bois dépouillés berce les derniers nids,
L’homme, rôdeur velu, fit sur la terre grise
Rouler la grande branche aux deux rameaux unis.

Puis, l’ayant emportée au seuil de sa caverne,
Avec un gonflement de veines dans le cou,
ll la laissa trois jours dans l’eau d’une citerne
Pour qu’elle fléchit mieux, tordue à son genou.

Et lorsque, dans l’orgueil bestial de la force,
Les muscles contractés et la sueur au front,
Il eut bien enlevé les feuilles et l’écorce,
Bien poli les rameaux avec un caillou rond,

Il cloua sous la branche une espèce de glaive,
Une lame élargie aux bords lisses et durs ;
Et depuis ce jour-là je déchire sans trêve
Le sol tout glorieux du poids des épis mûrs.

Car je suis le plus saint des outils, la charrue !
J’ouvre les sillons gras au vol des germes sourds ;
La gerbe, grâce à moi, s’entasse, haute et drue :
J’ai ma part de fierté dans l’orgueil des blés lourds.

Je tressaille, je vibre aux étreintes de l’homme ;
Je l’aide à féconder les éternels hymens ;
Et, pendant qu’il s’en va, le bras déployé, comme
S’il cueillait dans le ciel l’azur à pleines mains ;