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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/580

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Il faut une nuit froide et noire de Brumaire ;
Et comme pour conduire une vierge à l’autel
Bien ne sied qu’un soleil de mai dans un beau ciel ;
Ainsi, pour retrouver l’impression profonde
De la mysticité redoutable du monde,
J’aime, après un travail poussé jusqu’au matin,
A voir le jour qui monte & l’horizon lointain,
Pâle, mouillé des pleurs de la brume nocturne,
Et la lune qui meurt dans l’aube taciturne.

(Les Aveux.)

SPLEEN

N’ayant plus rien debout en moi de ces espoirs
Que je dressais au ciel comme des pyramides,
Je prends entre mes mains mon front chargé de rides
Et j’écoute approcher l’essaim des mauvais soirs.

Ils arrivent, muets archers aux casques noirs…
Essaim maudit, crois-tu donc que tu m’intimides ?
J’ai de moi-même fui le jardin des Armides
Et mis le feu moi-même à mes plus chers manoirs.

Aujourd’hui, je me suis forgé dans mes pensées
Des chaînes de douleur tellement insensées
Que la réalité terrible peut venir :

Elle ne pourra pas me faire une blessure
Qui vaille ce que j’ai dans mon vieux souvenir…
— O main de femme ! O main que je crus douce et sûre !

(Les Aveux.)

SPLEEN

Pour le mal dont je souffre il n’est pas de remède.
Puis-je un jour devenir à moi-même étranger,
Et, contre un autre cœur jeune et joyeux, changer
Ce cœur morne, — mon cœur, — dont le dégoût m’excède ?

Qu’à l’heure intolérable une autre heure succède,
Le poids de mon ennui sera-t-il plus léger ?