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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/578

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Fleur si frêle au milieu des fleurs de la prairie
Qui s’ouvrent aujourd’hui pour se faner demain !

En te faisant la cour, j’étais, ma fleur tremblante,
Semblable au rossignol posé sur un buisson :
S’il veut sommeiller, l’arbre épineux l’ensanglante,
Il remonte à la cime et reprend sa chanson.

Je suis ce rossignol, ou bien encore une âme
Qui fait son Purgatoire en attendant son jour.
Quand donc échapperai-je à la cruelle flamme
Pour entrer avec toi dans le ciel de l’amour ?

Que mon astre est fatal, mon sort contre nature !
Je n’ai pas un parent ici, pas un chrétien
Pour prendre au moins pitié des peines que j’endure ;
Je n’ai pas un ami qui me veuille du bien.

Personne n’a souffert comme moi, mon amie,
Et cela par amour pour vous. J’ai tant prié !
J’ai tant souffert ! A deux genoux, je vous supplie
De prendre, au nom de Dieu ! votre clerc en pitié.

— Je composais ces vers en descendant la grève,
Au retour du pardon de Saint-Michel. Là-bas,
A l’horizon, je vois la mer qui se soulève…
Que m’importe, si ma Douce ne m’entend pas ?

(Les Aveux.)

ZANTE, FIOR DI LEVANTE

Quand le vaisseau bercé par la mer caressante
S’arrête aux bords heureux de la terre de Zante,
Que les Italiens nomment « fleur du Levant »,
Le voyageur vers lui voit voguer cent nacelles,
Toutes pleines de fleurs humides et nouvelles
Dont l’âme errante flotte et parfume le vent.

On dirait des jardins balancés sur les lames,
Et ce sont des œillets plus rouges que des flammes ;
D’autres blancs, délicats comme un beau teint d’enfant,
Et des roses de pourpre et des roses pâlies,
Et de grands lys royaux dont les mélancolies
Gardent je ne sais quoi d’âpre et de triomphant