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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/544

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Mais j’ai rapporté les plus belles.
J’ai mis une rose et j’en ai mis deux ;
J’ai beaucoup de fleurs pour mon amoureux.

Par les champs et par les jardins
J’ai cueilli les fleuri par brassées ;
J’ai mis des lilas, des jasmins,

Et j’ai mis aussi des pensées…
J’ai mis un baiser, et j’en ai mis deux ;
J’ai beaucoup d’amour pour mon amoureux.

Mais d’où vient donc que sur mes fleurs
Je vois des gouttes de rosée ?
De la rosée ou bien des pleurs,

Sur mon bouquet de fiancée I
J’ai mis une larme et j’en ai mis deux ;
Que j’ai de chagrin par mon amoureux !

(La Bretagne qui chante.)

LA VICTIME

Le monde est un tyran cruel, lâche et moqueur,
Mais au-dessus de lui ma fierté s’est haussée
Et je le brave, encor que mon âme blessée
Soit captive dans les cachots de mon vainqueur.

Pas un mot, pas un cri ne dira la rigueur
De la torture où ma souffrance est angoissée ;
Je fermerai les yeux pour cacher ma pensée ;
Mes bras étoufferont les sursauts de mon cœur.

Qu’il me prenne, s’il veut, et me jette à l’abîme,
Et qu’il vienne épier la fin de sa victimé,
Je saurai me roidir dans un suprême effort ;

Et, si je ne puis taire à l’oreille méchante
Mes sanglots d’agonie et mes râles de mort,
Je les ferai si doux qu’il croira que je chante.

(Sous les Brumes de Bretagne.)