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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/542

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C’est ainsi que parfois mes regards effrayés
Ont vu tomber la fleur divine de mes rêves ;
Mais si j’ai pu pleurer mes illusions brèves,
Je ne ramasse pas mes rêves effeuillés.

(La Bretagne qui chante.)

A UN JEUNE AMI BRETON

Oui, la vie est triste, et, parfois,
Quand nous en cherchons le mystère,
Il monte un écho dans ma voix
Des sanglots que je voudrais taire.
La vie est triste, mais il faut
Que tu n’en saches pas le leurre :
Devant toi qui dois rire haut,
C’est tout bas qu’il faut que je pleure.
La vie est si triste, vois-tu,
Si douloureuse la pensée,
Que j’en ai l’esprit abattu
Et que j’en ai l’âme blessée.
J’ai connu tant d’espoirs menteurs,
J’ai connu tant de haines basses,
Et j’ai vu tomber des hauteurs
Tant de mes illusions lasses ;

Mes yeux effrayés se sont clos,
Ami, sur tant de mauvais rêves ;
En moi se sont taris les flots
De tant de généreuses sèves…
Que j’ai perdu la prime foi
Où ta naïveté se fie,
Et qu’en moi, comme hors de moi,
J’ai peur de regarder la vie.

Mais toi, qui n’as sur tes vingt ans
Que des espérances de joie,
Tel un arbuste qui ne ploie
Que sous trop de fleurs au printemps ;
Toi dont la douleur a les charmes
De la fraîche rosée en mai,