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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/530

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Pour attrister sa fin quelle ombre fait défaut ?
La discorde a couvé dans sa famille même :
Le vieillard a connu cette honte suprême
De voir son fils courir sur lui, le glaive haut.

La mort de Plautien n’était qu’un premier crime !
C’est lui-même qui met trop longtemps à mourir…
Et Sévère pourtant n’a point osé férir
Comme l’osa Brutus, le consul magnanime.

Est-ce donc pour cela que par monts et forêts
Il chevaucha, saignant de plus d’une blessure ?
Qu’il a dormi jadis tout armé sur la dure,
Et dans son casque bu l’eau trouble des marais ?

Ce fils, ce Bassien cher aux légionnaires
(Car il aime auprès d’eux à manier l’outil,
La truelle, ou le pic, ou la hache), qu’est-il ?
Un bouffon aux instincts charnels et sanguinaires.

Il le voit, dès demain, ivre d’égorgement,
Dissiper en plaisirs l’épargne paternelle,
Et de son œuvre, à lui, qu’il rêvait éternelle,
Par des vices nouveaux hâter l’effondrement.

Mais le César sémite à la barbe de neige
Oppose, malgré l’âge et les infirmités,
L’invincible rempart des fortes volontés
Au dégoût, au remords peut-être qui l’assiège.

Il meurt, farouche et seul, de la mort des lions ;
Et lorsque le tribun de garde se présente,
Rouvrant avec effort sa lèvre agonisante,
Il donne pour dernier mot d’ordre : « Travaillons. »

A l’heure où la plus lente illusion s’envole,
Où la blême clarté que projette la mort
Nous montre le néant au terme de l’effort,
Vieillard désabusé ! telle fut ta parole.

A l’heure où nous voyons le but s’évanouir,
Tel fut ton jugement sur l’homme et sur la vie :
Une loi de travail tient la terre asservie,
Et le lâche, lui seul, refuse d’obéir.