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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/517

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Déménagée, encore il sentait que les vers
Hexamètres faisaient les cent pas de travers.

Manque de savoir-vivre extrême — il survivait —
Et — manque de savoir mourir — il écrivait :

« C’est un être passé de cent lunes, ma Chère,
Et ton cœur poétique, à l’état légendaire.

Je me suis demandé, prêt à prendre l’essor :

Tête ou pile… — Et voilà —je me demande encor…

« C’est à toi que je fis mes adieux à la vie,
A toi qui me pleuras, jusqu’à me faire envie
De rester me pleurer avec toi. Maintenant
C’est joué, je ne suis qu’un gâteux revenant.

C’est bien moi, je suis là — mais comme une rature.
u Nous étions amateurs de curiosités :
Viens voir le Bibelot. — Moi, j’en suis dégoûté. —
Dans mes dégoûts surtout, j’ai des goûts élégants ;
Tu sais : j’avais lâché la Vie avec des gants ;
h’Autre n’est pas même à prendre avec des pincettes…
Je cherche au mannequin de nouvelles toilettes.

«Viens encore, oh ! reviens !—c’est très gai : de la chambre
Tu verras mes moissons, — nous sommes en décembre, —
Mes grands bois de sapins, les fleurs d’or des genêts,
Mes bruyères d’Armor… — en tas sur les chenets.
Viens te gorger d’air pur. — Ici, j’ai de la brise
Si franche !… que le bout de ma toiture en frise.
Le soleil est si doux… — qu’il gèle tout le temps.
Leprintemps… —Le printemps, n’est-cepastesvingtans ?
On n’attend plus que toi, vois : déjà l’hirondelle
Se pose… en fer rouillé, clouée à ma tourelle. —

a Si pourtant, près de moi, tu crains la solitude,
Nous aurons des amis, sans fard. — Un braconnier ;
Sans compter un caban bleu, qui, par habitude,
Fait toujours les cent pas et contient un douanier…
Plus de clercs d’huissier ! J’ai le clair de la lune,
Et des amis pierrots amoureux sans fortune.